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Le Leonberg jusqu’à 1800
Entre le groupe des chiens de protection, et le tandem
Saint-Bernard/Terre-Neuve, plus molossoïdes, le Leonberg est difficile à
classer.
 Leonbergs (Photos vosrk.cz)
Sa
morphologie est sans doute plus proche des chiens de protection comme le
Montagne des Pyrénées et le Sarplaninac, mais son histoire, qui a croisé au
19ème siècle celle du Terre-Neuve et du Saint-Bernard, et le fait qu’il ne soit
pas (n’ait jamais été?) utilisé comme chien de protection des troupeaux ovins,
font que nous le classons dans cette deuxième catégorie.
D’après le
standard, la race a été créée au 19ème siècle, par le croisement d'un
Saint-Bernard, d'un Terre-neuve et d'un Montagne des Pyrénées. Cependant, on
trouve la trace de Leonbergs antérieurement à la date officielle de sa
création.
Le standard de la race n’exclut d’ailleurs pas l’existence
de Leonbergs avant le 19ème siècle. Selon le standard, les chiens produits par
les croisements d’Essig en 1846 “sont les premiers chiens vraiment dignes de
porter le nom de Chiens de Leonberg”. Ce texte sous-entend donc qu’il
existait déjà, avant Essig, des chiens de Leonberg, qui eux étaient moins
“dignes” de porter ce nom. Quels étaient ces chiens? Est il est possible
que ce chien ait existé bien avant le 19ème siècle dans les montagnes
d’Allemagne et d’Autriche?
Dans tous les massifs montagneux d’Europe,
d’Estrella au Portugal jusqu’aux montagnes reculées des Balkans ou des Carpates,
en passant par les Pyrénées et les Abruzzes, on trouve des chiens de montagne,
utilisés depuis des siècles par les Bergers pour la protection des troupeaux
ovins contre l’attaque des grands prédateurs, loups et ours. Comme nous
l'avons vu, ces races existent toujours dans les zones où l’élevage ovins et ces
prédateurs partagent le même territoire, alors qu'elles ont disparu dans les
montagnes où les grands prédateurs ont été éliminés.
Il est donc probable
qu'il y avait, comme partout ailleurs en Europe, un chien de montagne, chien de
protection des troupeaux ovins, dans les montagnes d'Allemagne, de Suisse ou
d'Autriche avant le 19ème siècle. Mais il n'y a aucun élément permettant de
démontrer une quelconque relation entre un tel chien et le Leonberg. On n'a
formulé que des hypothèses, comme ce témoignage présenté par
leogazette.com:
"Mme Krauss nous a indiqué l'existence de Leonbergs
Français et nous contactions Mlle Bouniol de Gineste et sa mère. Elles et leurs
8 chiens vivaient dans un joli vieux château.
Elles avaient commencé leur
élevage avec Alma v.d. Niederhaid et Xeres de l'Armillaire. Alma était une
chienne autrichienne. Son père Tasso Lein était sans origine connue, et sa mère
Dorle v. Nuszbaum venait d'Allemagne.Xeres était d'origine française, c.a.d. son
père Quidam était né en France, et sa mère Wulle v. Heidekaten était
allemande.
Mlle Bouniol avait une toute différente idée de l'origine du
Leonberg et elle ne se cachait pas pour le dire. Elle nous donnait la lettre
suivante et disait que la reine Marie Antoinette possédait déja un Léonberg. Un
des ses ancêtres, qui était à la cour en ce temps, l'avait écrit dans les
chroniques de famille, mais tout a été perdu pendant les
guerres.
Traduction du texte anglais (lettre de Mme Wood):
Chère
Mme. Auger,
Merci beaucoup pour votre courrier intéressant, moi , je
pense personnellement que le prof. von Schulmuth était plus proche de la vérité
que le plupart des personnes quant a l'origine du Léonberg, il a toujours dit
que la race dominante serait le Berger Yougoslave, celui-ci est un chien marron
avec les oreilles suspendues et un poil épais, une tête moyennement lourde, mais
pas aussi lourde que le St-Bernard ou le Terre-Neuve, avec la démarche libre du
Léonberg, et comme le Montagne des Pyrénées et le Kuvasz ils ont le même
ancêtre, je vous enverrai une photo d'un Berger Yougoslave avec ce courier ci,
veuillez me le rendre, parce que c'est la seule que j'ai de disponible
actuellement Quant au nom "Léonberg" je suis sûre que la ville n'a rien a
voir avec le nom, je pense que Leo pour Lion et Berg pour montagne est la racine
du nom ou pourrait venir de la couleur (la couleur d'un Lion), mais je ne suis
pas une experte sur les noms. J'ai fouillé dans mes photos des Bergers et
j'ai trouvé que tous ont la même origine, je vous les envoie, s.v.p. retournez
les moi, parcequ'il serait très difficile de les remplacer, il y a le Berger
Roumain, le Hovawart, le Illyrean ou Charplanina Berger de Yougoslavie, et le
Cao da Sera da Estrela du Portugal, ils ont tous la même origine, et je suis
sure que vous verrez la ressemblance entre les quatre races: la démarche est la
même mouvement facile du Léonberg, pas comme le Collie ou le Rottweiler ou le
St. Bernard ou le Terre Neuve, ces deux dernières traînent les pieds, le Collie
trotte et le Rottweiler marche, mais les autres ont une démarche très libre et
très particulière. Bien que la plupart croit que le Léonberg est originaire
de la ville de Leonberg en Allemagne, le prof. von Schulmuth a découvert par des
nombreuses recherches de journaux de famille privé que la race était connue a
Wolfberg en 1625, sinon avant cette date. Un membre de la famille Metternich
vivait près de Wolfberg et c'était par des notes de cette branche de la famille
qu'il a trouvé qu'ils avaient des chiens de type Léonberg sur les domaines comme
gardes contre les voleurs de moutons et de bétail, parcequ'il y avait beaucoup
de vols de bétail à cette époque là. Mais le Léonberg était connu comme race en
1625 par la famille, il trouvait des notes dans le journal familial, si cette
famille était la première pour élever la race il ne pouvait pas trouver d'autres
renseignements. Un membre de cette famille avait une position à la cour
Autrichienne en 1740 - 1758, alors il est bien possible que la cour de Marie
Antoinette aie amené quelques un de ces chiens en France.
Mme. Auger
était membre du comité du club Français du Léonberg. La lettre était écrite
par Muriel Wood, qui était en train d'écrire le livre le plus complet sur tous
les chiens du monde et leurs origines."
Des documents montrent
que l'on trouvait autrefois, des Alpes rhétiques (les Grisons) jusqu’à
l’Autriche un chien de montagne à la robe fauve charbonnée, chien de protection
des troupeaux, que certains ont appelé le chien des Alpes. Il est possible que
cette race bergère primitive soit aussi à l’origine du Leonberg, mais aucun
élément ne permet de le démontrer.
L'ancien «Chien des Alpes» fut
mentionné par plusieurs auteurs à partir du 19ème siècle, tels que
Delabarre-Blaine (1803), Gayot (1867), Pertus (1893).
De plusieurs
régions d’Allemagne, on se rendait à Leonberg, dont le marché aux chiens est
connu depuis plusieurs siècles, pour se procurer des chiens de montagne, pour
protéger fermes et troupeaux.
 Leonberg au 19ème siècle (Photo
leonbergunion.com)
Certains ont avancé qu’il se peut que
le nom de la bourgade, Leonberg, soit tiré du nom du chien dont elle faisait
commerce, et non l’inverse. Mais l’aperçu historique de cette ville créée en
1248 montre que c’est inexact. Elle est connue pour son marché aux chevaux, dont
le premier a eu lieu en 1684. Et les archives de ville de Leonberg ne font
mention du chien qu’à partir de 1846, date de la création de la race par
Heinrich Essig à partir d'un croisement entre le Saint-Bernard, le Terre-Neuve
et le Montagne des Pyrénées.
Le “chien des Alpes”, chien de
protection du troupeau, était-il l’ancêtre du Leonberg, et commercialisé depuis
plusieurs siècles dans la ville de Leonberg?
Il est curieux de constater
que les preuves avancées pour corroborer l’hypothèse de l’existence de ce chien
de berger, de ferme sont... sa présence dans la cour des grands
d’Europe.
Ainsi, le Professeur Von Schulmuth, de Vienne, a pu retrouver,
dans les archives des princes de Metternich, la mention de chenils de chiens de
montagne semblables au Leonberg, dès 1625.
Le Docteur Luquet indique dans
sa monographie sur le Leonberg que la reine Marie-Antoinette (d’origine
autrichienne), possédait un grand Leonberg blanc.
Mlle Bouniol de
Gineste, fondatrice et première présidente du Club français du Leonberg,
éleveuse sous l’affixe du Château de Reveillon, décrivait un tableau où
Marie-Antoinette était représentée avec un Leonberg.
Loin des cours
des grands d’Europe, le chien de protection des troupeaux ovins qui a peut-être
été l’ancêtre du Leonberg n’a lui pas laissé de traces: l’Histoire a d’une
manière générale laissé peu de documents décrivant la rude vie des chiens de
ferme et l’activité pastorale.
Est-ce à cause des critiques de notre
race à la fin du 19ème siècle, parfois assimilée à un bâtard de Terre-Neuve ou
de Saint-Bernard, que certains lui ont recherché un ancêtre plus lointain et
prestigieux?
Ainsi, la fondatrice du Club français du Leonberg était-elle
partisane d’une origine ancienne - et aristocratique, du Leonberg, comme le
présentait le premier bulletin du Club, 4ème trimestre
1971:
"Descendant du Dogue du Tibet, le Léonberg est connu depuis des
temps immémoriaux dans les Alpes centrales et Orientales. C'est certainement la
plus ancienne race de chiens de montagne. les princes de Metternich possédaient
en Autriche, dans le Wolfsberg, un élevage de ces chiens en 1625, sous le nom de
Léonberg, parfaitement conformes au standard actuel (1971).
On a
également trouvé trace de la vente d'un Léonberg dans la ville du même nom en
1771. Léonberg, en Wurtemberg, était alors un important marché de chiens et de
chevaux, et il est plus que probable que la ville tire son nom des chiens dont
elle faisait commerce, plutôt que l'inverse comme on l'a dit. Léon signifiant
lion et berg la montagne. le lion de montagne ou montagnard lion, ce qui décrit
magnifiquement ce chien vraiment léonin d'allure. le chien lion en opposition
avec le chien loup.
Il était le favori des empereurs d'Autriche, et la
reine Marie-Antoinette en avait fait ramener un splendide en France, en 1780,
qui mesurait 3 pieds à l'épaule, soit près d'un mètre.
En 1820, le chenil
du Grand Saint Bernard fut vidé par une épizootie. Il ne resta plus qu'un seul
chien et c'est à partir de ce chien et de lices Léonbergs qu'on reconstitua les
Saints Bernard actuels ( ce qui rend difficile la "fabrication" du Léonberg 19
ans plus tard)"
Cet article parue dans le premier bulletin du Club et
plaidant pour une existence ancienne de la race Leonberg , favorite des maisons
régnantes d’Austro-Hongrie, est certes plus prestigieuse que la thèse voyant
dans les origines du Leonberg divers croisements de grands chiens au début du
19ème siècle.
Mais on relève quand même quelques belles incohérences, du
Leonberg utilisé en retrempe pour éviter la disparition du Saint-Bernard (c'est
en fait le Terre-Neuve qui a été utilisé), au nom de la ville tiré de son marché
aux chiens, alors que le premier marché (aux chevaux, les chiens sont venus
après) a eu lieu en 1684, et que la ville de Leonberg existe depuis
1248.
En conclusion, il est probable qu’il y ait eu des Leonbergs (ou
des “pré-Leonbergs”) avant la création de la race au 19ème siècle. Etait-il
plutôt un chien de protection à robe fauve charbonnée, peuplant certaines
montagnes d’Allemagne, d’Autriche ou de Suisse, ou était-il l’apanage de
certaines familles aristocratiques? Cependant, aucun élément ne permet de
démontrer la moindre relation entre ces chiens "anciens" et le Leonberg tel
qu'on le connaît actuellement.
Le Leonberg au 19ème siècle
 Heinrich Essig (1808 - 1889) est considéré comme le créateur
de la race Leonberg. A ses pieds, un chien de type... Terre-Neuve (Photo
Leonbergerunion.com)
La création de la race: certitudes et
invraisemblances

Nous avons vu, dans la première partie de
l’Histoire du Leonberg, qu’il est possible que des Leonbergs, ou plutôt des
“Pré-Leonbergs”, aient existé avant le 19ème siècle, partageant les mêmes
origines lointaines que leurs cousins chiens de montagne peuplant les différents
massifs montagneux d’Europe.
Le 19ème siècle est considéré comme celui de
la création, ou de la reconnaissance, de la race.
Mais beaucoup de zones
d’ombres entourent cette soi-disant création de la race, qui reste pour le moins
assez confuse, avec l’intervention de personnages hauts en couleurs, qui ont
“brouillé les cartes”, pour des motifs divers, allant de velléités mercantiles
(Essig, éleveur de Leonbergs au 19ème siècle, souhaitait produire et vendre des
Leonberg à grande échelle), à la volonté de donner à cette race, peut-être au
départ bergère (chien de ferme ou de protection du troupeau), sinon issue de
croisements divers, des lettres de noblesse, en la réservant à une caste
aristocratique.
Que dit le standard sur les
origines de la race Leonberg?
Le standard indique un
bref (et très orienté) aperçu historique de la race, en faveur d’une création de
la race au milieu du 19ème siècle: “A la fin des années trente et au début
des années quarante du 19e siècle, Heinrich Essig, conseiller municipal à
Leonberg près de Stuttgart croisa une chienne Terre-Neuve noir et blanc avec un
mâle du nom de "Barry", chien St Bernard originaire de l'hospice du même nom.
Plus tard un chien de montagne des Pyrénées enrichit ce croisement. Il en
résulta de très grands chiens à poil blanc, en majorité à poil long. Le but
recherché par Essig était de créer un chien à l'aspect léonin, le lion étant
l'emblème héraldique de la ville de Leonberg. Les premiers chiens vraiment
dignes de porter le nom de "Chiens de Leonberg" naquirent en 1846. Ils
cumulaient les excellentes qualités des races dont ils descendaient. Peu de
temps après, vu leur caractère de symbôle, un bon nombre de ces chiens furent
exportés de Leonberg et disséminés sur toute la terre. A la fin du 19e siècle,
en Bade-Würtemberg, le Chien de Leonberg était de préférence utilisé comme chien
de ferme ; ses qualités de chien de garde et de trait étaient très appréciées.
Pendant les deux guerres mondiales et vu les pénuries des années d'après-guerre,
le nombre des chiens d'élevage diminua de façon dramatique. Aujourd'hui, le "
Chien de Leonberg " est un excellent chien de famille qui répond parfaitement à
toutes les exigences imposées par la vie moderne.”
Cette version de
la création de la race Leonberg par Heinrich Essig soulève de nombreuses
controverses; afin d’essayer de mieux comprendre les origines de la race,
étudions plus en détail les rapports entre le Leonberg, la ville de Leonberg et
Heinrich Essig.
La ville de
Leonberg
 Leonberg au 19ème siècle
Voici un
bref aperçu historique de la ville de Leonberg, d’après la présentation de
l’histoire de la ville sur son site internet (www.leonberg.de).
Cette
ville moyenne de 35 000 habitants, située à 15 km au nord-ouest de Stuttgart,
dans le Wurttemberg, était au début du 19ème siècle une bourgade de 2000
habitants.
La ville fut fondée en 1248 par le Comte Ulrich I de
Wuerttenberg; ce petit village médiéval s’appelait au départ Levinberch.En 1470,
environ 900 personnes vivaient dans la petite ville de Leonberg, essentiellement
de l’agriculture, de la viticulture et de l’artisanat.
En 1635, la peste
fait 635 victimes, soit environ la moitié de la population de
Leonberg.
Les habitants vivent de l’agriculture; la viticulture, qui
avait fait de Leonberg une bourgade modérément prospère, diminue au 17ème
siècle.
C’est en 1684 qu’a lieu la première foire au cheval à Leonberg,
dans laquelle on trouvera par la suite un marché aux chiens. Ce marché au cheval
a été créé pour remédier à une situation économique difficile, et pour
concurrencer le marché aux cheval de Pforzheimer.
La ville de Leonberg,
dont les armoieries représentent un lion, n’est donc pas tiré de la race de
chien du même nom comme on a pu souvent le lire, puisqu’elle existait sous le
nom de Leonberg 4 siècles avant le premier marché aux chevaux et aux
chiens.
Ceux qui soutiennent l’hypothèse d'une existence
ancienne du Leonberg, bien avant la supposée création de la race par Heinrich
Essig au 19ème siècle, indiquent que de plusieurs régions d’Allemagne, on se
rendait à Leonberg, dont le marché aux chiens est connu depuis plusieurs
siècles, pour se procurer des chiens de montagne, pour protéger fermes et
troupeaux. Cependant, dans l’historique de la ville de Leonberg présenté sur le
site de la municipalité, on ne fait mention pour la première fois du chien de
Leonberg qu’en 1846: on peut ainsi lire “Heinrich Essig élève le chien de
Leonberg, un croisement de Saint-Bernard, de Terre-neuve et de Montagne des
Pyrénées”.

-Heinrich
Essig
Les articles consacrés à l’historique du
Leonberg sont souvent critiques envers son “créateur”, ou en tout cas celui qui
a développé la race et l’a rendue célèbre au 19ème siècle: “marchand de chiens”,
“malin”, “génial promoteur de la race”, ambitieux”, “brouilleur de cartes”,
“commerçant avisé”, “expert en coups publicitaires”, “ayant un talent fort pour
le marketing et le commerce”, “ses procédés et dires ont eu pour effet de
hérisser les premiers cynophiles et de jeter le discrédit sur le
Leonberg”.
Qui est Heinrich Essig, quels sont les rapports entre le
Leonberg et celui qui écrit en 1882: “Mon neveu montrera 3 chiens dans
l’exposition de Hanovre; qu’ils soient jugés en tant que Saint-Bernards,
Terre-Neuves ou Leonbergs est sans importance pour lui”.
Heinrich Essig
(1808-1889) était un conseiller municipal de Leonberg.Il était passionné par les
animaux, et possédait dans sa maison des animaux de toutes sortes: chiens,
renard, paons, dindons...
 Photo leonbergerunion.com
Est-ce en
hommage à sa ville, dont les armoiries représentaient un lion, qu’Essig chercha
à créer et développer une race à l’aspect léonin?
Toujours est-il
qu’après divers croisements (voir-ci après), il créa le Leonberg, officiellement
en 1846, et fut un éleveur très en vue de la race: Essig se vantait d’être
propriétaire d’un cheptel de 300 chiens, dans le but de produire des Leonberg à
grande échelle. Il aurait produit plus de 200 chiens par an, pendant 40 ans. A
l’époque, il y avait une demande importante en chiens de grandes
races.
Un article paru en novembre 1865 dans l’”Illustrierte Zeitung”
indique qu’Essig élève depuis 17 ans. Dans un autre article, paru dans
l’”Illustrierte Handwerkers Zeitung” en 1870, Haring décrit un éleveur de chiens
à Leonberg, Heinrich Essig, qui élève depuis 20 à 24 ans des chiens, mentionnés
sous le nom de Leonberger ou de chiens de Gotthard, avec cette
illustration:
 Photo Leonbergerunion.com
Examinons
maintenant plus en détail les croisements qui auraient permis à Essig de créer
le leonberg, et qu’il expliquait volontiers:
-La
création de la race Leonberg selon Essig
En croisant
une chienne Terre Neuve noire et blanche avec un chien Saint-Bernard (était-ce
le Saint-Bernard tel qu’il est connu actuellement, ou Essig a-t-il récupéré
divers chiens de montagne suisses), puis en croisant entre eux les produits sur
4 générations, puis en enrichissant ce croisement avec un chien Montagne des
Pyrénées croisé Saint-Bernard, il aurait créé un chien à l'aspect léonin, le
lion étant l'emblème de la ville de Léonberg (leon signifiant " lion " et berg
" montagne ").
Cependant, l’étude génétique de la robe montre qu’il n’est
pas possible d’obtenir une robe fauve charbonnée masque noir, sans panachure
blanche, avec le croisement de ces 3 chiens.
Les robes pies (panachure
blanche) du Terre-Neuve et du Saint-Bernard, et la robe presque complètement
blanche (panachure blanche envahissante) du Montagne des Pyrénées, ne peuvent
par croisement donner la robe unicolore du Leonberg, puisque les loci de
panachure sont récessifs.
Il est possible en revanche d’obtenir un chien
fauve à panachure blanche en croisant ces 3 races; en particulier, le croisement
d’un Terre-neuve entièrement noir (allèles As/As, dominants, sur le locus
Agouti) avec un Saint-Bernard fauve (Allèles A+/A+, récessifs), donnera en
première génération des chiens noirs (100% de chiots As/A+), mais en seconde
génération, lorsque l’on recroisera les produits entre eux, on obtiendra 25% de
chiots As/As (noirs), 50% de chiots As/A+ (noirs porteurs de fauve), et 25% de
chiots A+/A+ (fauves).
L’étude génétique de la robe nous conduisent à
rechercher, en plus de ces croisements possibles indiqué dans le standard, un
quatrième chien, fauve non panaché de blanc, avec un masque noir, dans les
origines du Leonberg.
-Un chien fauve
unicolore
Il peut être obtenu en seconde génération en
croisant un Saint-Bernard et un Terre neuve non panaché de blanc (mais Essig
prétend avoir utilisé un Terre neuve noir et blanc). Ce croisement du
Terre-Neuve et du Saint-Bernard n’est pas sans rappeler un autre fait,
historique.
Les chenils de l'hospice du Grand-Saint-Bernard furent, vers
1820, décimés par le maladie de Carré. Pour reconstituer les effectifs de leurs
chiens, sans consanguinité excessive (dont le premier effet est une dépression
de la reproduction), les moines ont eu recours à l’apport de sang de
Terre-Neuve. De ces croisements est née la variété à poil long de la race
Saint-Bernard... mais aussi des chiens noirs, noirs et blancs, et fauves
charbonnés. Ces chiens, dont les couleurs ne correspondaient pas à la robe
du Saint-Bernard, furent vendus ou donnés par les moines aux bienfaiteurs de
l'hospice. On en retrouva en bon nombre en Suisse, mais aussi en Angleterre où
l'on a plusieurs exemples de sujets Saint-Bernard fauve charbonnés et à poil
long, et d’allure moins massive que le Saint-Bernard. En Suisse même, il s'en
trouvait de particulièrement beaux à... Löwenberg (“Montagne du Lion”)!
Des ancêtres de notre “Lion de la Montagne” pourraient-ils provenir de
chiens fauves charbonnés issus de cette retrempe nécessaire du Saint-Bernard, et
Essig aurait-il trouvé ses premiers sujets dans la bourgade suisse de Löwenberg?
Aucun élément historique ne peut le démontrer.
Certes on peut objecter
que la tête du Leonberg est fort éloignée de l’aspect molossoïde de la tête d’un
chien croisé Saint-Bernard et Terre-Neuve... Si l’on se réfère aux Terre-Neuves
et Saint-Bernard actuels, dont la grosse tête a été obtenue par quelques
décennies de sélection. Il y a 150-200 ans( et même bien moins!), les
Terre-Neuve et Saint-Bernards avaient des têtes bien moins molossoïdes, souvent
peu éloignées de certains Leonberg rencontrés de nos jours sur les
rings.
Pour expliquer la robe fauve charbonnée masque noir du
Leonberg, il y a une autre explication , peut-être plus plausible que celle des
chiens issus des retrempes de l’Hospice Saint-Bernard: celle du “Pré-Leonberg,
dont nous avons recherché les traces dans la premier partie de cette “histoire
du Leonberg”.
Il y a dans les origines du leonberg un chien à la robe
fauve charbonnée et au masque noir, c’est certain. Et il est possible que ce
chien ait existé bien avant le 19ème siècle dans les montagnes d’Allemagne et
d’Autriche.
Dans tous les massifs montagneux d’Europe, d’Estrella au
Portugal jusqu’aux montagnes reculées des Balkans ou des Carpates, en passant
par les Pyrénées et les Abruzzes, des chiens de montagne, utilisés depuis des
siècles par les Bergers pour la protection des troupeaux ovins contre l’attaque
des grands prédateurs, loups et ours.
Ces races existent toujours dans
les zones où l’élevage ovins et ces prédateurs partagent le même territoire,
alors quelles ont disparu dans les montagnes où les grands prédateurs ont été
éliminés.
Ainsi, on trouvait autrefois, des Alpes rhétiques (les Grisons)
jusqu’à l’Autriche un chien de montagne à la robe fauve charbonnée, chien de
protection des troupeaux, que l’on a appelé le chien des Alpes. Il est possible
que cette race bergère primitive soit aussi à l’origine du Leonberg.
La promotion et le développement de la race Leonberg
De toutes ces contradictions, on retiendra qu'Heinrich Essig ne peut
être le véritable créateur du Léonberg, en tout cas pas de la manière dont il
l’a décrit.
S’il est maintenant prouvé (en particulier par l’étude
génétique de la robe) que le Leonberg ne peut pas provenir uniquement des
croisement qu’Essig prétend avoir réalisé (il y a obligatoirement dans les
ancêtres du Leonberg un chien à robe fauve charbonnée non panachée de blanc et
au masque noir, même s’il est possible que les trois races citées par Essig
aient pu être utilisées en retrempe), Heinrich Essig a été au moins un génial
promoteur de la race, lui offrant des lettres de noblesse.
Il fut avant
tout un commerçant très avisé, éleveur de chiens expert en coups publicitaires:
il a développé et imposé le Leonberg dans toute l’Europe, en particulier en
donnant des chiens à des personnalités en vue de l’époque.
Pour celà, il
vendit ou donna un spécimen de sa production à de nombreuses célébrités de
l’époque (dont Garibaldi, le prince du pays de Galles, le Tsar de Russie, la
Princesse Elisabeth d’Autriche (qui posséda 7 Leonbergs), le roi Umberto
d’Italie...), ce qui fut une formidable publicité pour la race, en donnant à ce
chien issu de croisements divers, ce chien de ferme, l’image d’un chien
aristocratique. Essig se faisait d’ailleurs appeler “Baron de Leonberg” à
l’étranger.
 Photo diemensland.nl
De grands
personnages eurent leur Leonberg: le Grand Duc Friedrich Von Baden,
l’Impératrice Sissi, Garibaldi, Bismarck, l’empereur Napoléon III et Wagner par
exemple.
Cette grande publicité autour de la race participa à son succés,
et ce marchand habile put ainsi vendre, à fort prix, de très nombreux chiens. En
1870, les plus beaux sujets s’achetaient jusqu’à 1000 marks, une somme
vertigineuse pour l’époque pour un chien.
Grâce à lui, le Leonberg fut
connu dans toute l’Europe, et la naissante cynophilie allemande reconnut la
race. En 1846, la race est créée par Essig; en 1863, dans une classe créée à
l'intention de la race, plusieurs sujets obtiennent des prix à l'exposition de
Hambourg.
De la disgrâce du Leonberg...
Heinrich Essig fit donc connaître la race, mais qu’il l’ait créée,
rien n’est moins sûr.
Que savons nous de l’élevage d’Essig et des
croisements qu’il a pratiqués?
Bien peu de choses en réalité. Ainsi, il
est curieux de constater qu’après sa mort, il ne restera quasiment aucun trace
de son élevage, et qu’il ne se trouva aucun reproducteur pour en faire perdurer
les lignées.
Quant aux croisements qui seraient à l'origine de la race,
ils relèvent de la pure fantaisie. Essig dit en effet avoir croisé une chienne
Terre-neuve noire et blanche avec un Saint-Bernard. Il aurait ensuite pratiqué
une retrempe avec le Montagne des Pyrénées.
Cependant, le brutal
phénomène de mode du Leonberg, associé aux contradictions entourant l’origine de
la race, ont par la suite desservi la race.
Il y avait une certaine
disparité dans les morphologies et les couleurs des chiens vendus (et produits?)
par Essig, et dont les origines étaient sans doute diverses. Pour s'en
convaincre, il suffit de regarder les illustrations représentant Essig avec ses
chiens: aucun n'est de la couleur d'un Leonberg... Les procédés et les dires
d'Essig ont surtout eu pour effet de hérisser les premiers cynophiles (la
cynophilie, en Allemagne comme ailleurs, commençait seulement à se structurer)
et de jeter le discrédit sur le Leonberg. A partir de mai 1876, il n'y avait
plus de classe "Leonberg" dans les expositions. Les chiens apparentés au
Leonberg devaient être présentés dans les classes des races auquelles ils
ressemblaient le plus ("Saint-Bernard", "Chien des Alpes"...)
En 1878, le
spécialiste allemand Schmie-Deberger écrivit, non sans sévérité: «Les clubs
ne prennent plus en considération le Léonberg, et nous renvoyons ces bâtards
dans les classes auxquelles ils ressemblent le plus soit les Terre-Neuve, soit
les Saint-Bernard, surtout les Saint-Bernard à poil long.»
Et en 1905 un
éminent cynophile allemand, Strebel, ne montra pas plus d'indulgence, expliquant
que la mode du Leonberg a été liée à la quasi disparition du Saint-Bernard au
début du 19ème siècle: «Le Leonberg fit illusion pour un temps tandis que
les Saint-Bernard se rétablirent et que la demande en dépassa l'offre. Ainsi
vint le temps où l'on fit campagne contre l'élevage du Léonberg, en tant que
déplaisante imitation de l'élevage du Saint-Bernard. On finit par le mettre à
l'index: ce qu'on ne pouvait définir, on le considérait comme un
Léonberg.»
Il faut rappeler qu’au 19ème siècle, la demande en chiens de
grandes races était très importante. Le Saint-Bernard était une race très
prisée, mais suite à une épidémie de maladie de Carré, et une chute de la
reproduction en raison d’un pool génétique devenu trop faible, cette race était
devenue très rare. En 1855, il n’y avait plus qu’un couple dans l’Hospice du
Grand Saint-Bernard, que l’on a croisé avec des femelles Terre-Neuve de
Stuttgart pour apporter du “sang neuf”, ainsi qu’avec d’autres chiens de gens du
pays, (puis dans des élevages anglais avec du Mastiff pour obtenir une tête plus
puissante).
Pour certains, Essig, puis d’autres marchands de chiens,
auraient profité de la demande forte pour produire, à grande échelle, des grands
chiens d’origines diverses (et de couleurs diverses), des "substituts" de
Saint-Bernard, appelés Leonberger, mais aussi parfois Berghund, Mâtin des Alpes,
Leonhardiner, Saint-Bernard...
Pour ajouter à la confusion, parfois des
Saint-Bernards ont été mentionnés sous les mêmes noms. Une gravure sur bois
d'un chien appelé Caesar a été éditée dans "Der Gartenlaube", en1885. C'était
probablement ce Caesar qui a obtenu en 1880 un prix d'honneur à l'exposition
canine de Berlin en tant que "Chien des Alpes à poil long". À une autre
exposition de chien, un juge anglais l’a jugé en tant que beau Saint-Bernard,
alors que Dr. Kunzli, un juge de Saint-Bernard, jugeait que c’était un beau
Leonberger.
 Caesar, "Der Gartenlaube", 1885 (Photo
leonbergerunion.com)
Le succés commercial d’Essig, qui
vendit de nombreux chiens à fort prix, inspira de nombreux autres éleveurs et
marchands de chiens, plus ou moins sérieux, d’autant plus qu’aucun standard
n’était encore écrit.
On vendit ainsi sous le nom de Leonberg des chiens
très disparates. Les anciennes gravures ou photos nous montrent des “Leonbergs”
noirs et blancs, noirs, fauves ou jaunes.
Dans la ville de Leonberg, il y
avait un marchand de chiens du nom de M. Burger. D’autres éleveurs ont fait de
la publicité dans diverses revues pour leurs “Leonbergs” (M. Bergmann pour son
chien Casar, M. Otto Friedrich pour son Berghund Moulon dans
Zahna)...
 Photo leonbergerunion.com
Dans une
brochure où il expose tous les races de chiens qu’il vend, Otto Friedrich montre
le chien Caesar dont nous parlions plus haut, sous le nom de Berhund,
“anciennement Saint-Bernard”, et plus loin d’une autre race qu’il vend, le
“Leonberger ou Boblinger Hund” (Dessins suivants).
 Berhund, "anciennement Saint-Bernard" (Photo
leonbergerunion.com)
 Leonberger ou Boblinger Hund (Photo
leonbergerunion.com)
Alors que les élevages de ces
marchands de chiens florissaient et que leur production envahissaient le marché,
des cynologistes tentaient d’interdire pour leurs “bâtards” l’accés aux
expositions, comme les témoignages que nous avons exposés plus
haut.
Revenons à Essig. Son élevage était tenu par sa nièce Marie. A
la mort d’Essig, on suppose que son neveu a repris le chenil, mais cette période
reste obscure, et on ne sait pas réellement ce que sont devenus ses lignées et
ses reproducteurs.
 Photo diemensland.nl
 Marie, nièce d'Essig, qui s'occupait de l'élevage, pendant
que son oncle assurait la promotion de son élevage. Encore des chiens bien
disparates et fort éloignés du Leonberg! (Photo
leonbergerunion.com)
Et ce n’est qu’après la mort
d’Essig que les premiers clubs de Leonberg ont été fondés. Heinrich Essig
était-il plus intéressé pour vendre de nombreux chiens à fort prix, plutôt que
d’établir les bases de l’élevage de la race qu’il aurait créée?
..à sa réhabilitation
Un peintre animalier de Stuttgart, Albert Kull, et M. Boppel de
Cannstatt, écrivent les premières règles de l’élevage du Leonberg dans les
années 1880.
Le premier standard est écrit en 1895, traduit en français
en 1896 par Pierre Mégnin, ex-vétérinaire militaire, directeur du journal
"L'éleveur" et membre de l'académie de médecine.
Le Club du Leonberg de
Berlin est fondé en 1891. Il disparut, et le 2 mai 1895 a lieu la première
assemblée générale du Club International du Leonberg, sous l'égide de son
président Albert Kull. 1896 est aussi la date de l'arrivée du premier
Leonberg en France où, dès 1900, la SARC (Société pour l'Amélioration des Races
de Chiens, ancêtre de notre SCC) accepte le Leonberg dans ses expositions.
C’est aussi en 1895 qu’ un Club des chiens Léonberg s'établit à Apolda
(Thuringe); il se transformera au début du siècle en Club Léonberg, en fixant
son siège à Heidelberg.
En même temps que l’organisation de la race se
structurait (clubs, standard...), les images de l’époque montre une
uniformisation du Leonberg: les Leonberg à robe blanche disparaissent. Le
leonberg n’est plus un amalgame de chiens disparates, mais une vraie race
officielle, et encore très populaire. Ils sont présents dans des expositions
internationales, en France, en Autriche, en Hollande, où ils sont jugés en tant
que Leonbergs.
 Le Leonberg en 1895; enfin un chien ressemblant au Leonberg
que l'on connaît!
En conclusion, l’histoire
chaotique des débuts du Leonberg laissent à penser que sa véritable naissance,
en tout cas sous sa forme actuelle, date plutôt de la fin du 19ème siècle, à
partir des années 1880.
Et il paraît indéniable que de multiples
croisements sont à l’origine de notre race, mal fixée jusqu’à la fin du 19ème
siècle; est-ce pour celà que certains cherchent encore à lui trouver une origine
aristocratique plus ancienne?
Enfin, nous verrons dans la troisième
partie de cette "histoire du Leonberg" qu'il est impossible de faire le lien
entre les Leonbergs du 19ème siècle et le cheptel actuel; en effet, toutes les
archives de la race ont disparu avec la première guerre mondiale, et la race a
été reconstruite au début des années 1920 à partir de chiens d'origine inconnue
ou partiellement connue.
Cependant, le 19ème siècle nous aura légué
quelque chose d'essentiel: le premier standard du Leonberg!
Le Leonberg au 20ème siècle
Voici quelques éléments, en attendant la rédaction définitive
de la fin de cette histoire du Leonberg:
La race disparaît
presque pendant la Grande Guerre. Les archives des clubs de Leonberg créés à la
fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle sont détruites.
Notre
race trouvera en Stadelmann et Josenmans les artisans de son renouveau, à partir
de 1922.
Les deux hommes ont recherché des Leonbergs, d’origine inconnue
ou partiellement connue.
Une nouvelle association le «Groupement
d'éleveurs de chiens Léonberg», sélectionne alors une trentaine de chiens, en
particulier environ 6 mâles et 6 femelles bien typés, vers 1922-1923. À cette
époque, Stadelmann ouvre le premier Livre des origines. Ainsi, on parvient, en
quatre ans, à contrôler un cheptel de trois cent cinquante sujets. Le Leonberg
n°342 est enregistré en 1927.
En 1933, ce club est remplacé par le Club
de Leonberg de Fachsshaft.
Le Léonberg n'en a pas fini pour autant avec
les difficultés: à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, ses amateurs peuvent
constater à quel point sa population a été décimée.
Cependant, même
pendant la guerre, on enregistre quelques portées; 22 chiots sont enregistrés en
1945, et 27 en 1947.
Après la seconde guerre mondiale, il existe deux
club de Leonberg rivaux en Allemagne, puis un seul à partir des années
50.
Les efforts de deux passionnés, Albert Kienzle et Otto Lehmann,
permettent de faire remonter les effectifs de la race à 321 sujets en Allemagne,
en 1946. La Fédération cynologique internationale (FCI) reconnaît la race en
1949, mais il faut attendre 1958 pour que ses effectifs redeviennent aussi
importants que pendant l'entre-deux-guerres.
Le standard est modifié pour
correspondre aux chiens de l’époque: taille minimale de 76 cm au garrot (au lieu
de 80) pour les mâles, et 70 cm pour les femelles.
Puis, dans les années
60, le standard diminue encore les tailles: 72 à 80 cm pour les mâles, 65 à 74
cm pour les femelles.
Mais cette modification du standard n’a pas été
prise en compte alors par la FCI, d’où des discordances entre les jugements par
les juges allemands, et d’autres juges, en particulier en France (qui défendait
les tailles du standard de 1895, traduit par Megnin) où les anciennes tailles,
plus grandes, étaient prises en compte.
Voici maintenant ce que
l'on trouve sur le site du Club quebecquois du Leonberg:
Depuis, le
Léonberg s'est répandu dans toute l'Allemagne, ainsi qu'en Autriche et dans les
autres pays germaniques. Il faut noter que les Allemands du Nord ont manifesté
une longue réticence avant d'admettre le Léonberg. Le docteur Luquet en donne la
raison: selon eux, ce chien risquait de porter ombrage à un autre très grand
chien national, le Dogue Allemand.
En Grande-Bretagne et dans les pays
anglo-saxons, la race s'est heurtée à de vives critiques de la part des
spécialistes de la fin du XIXe siècle (Vero Shaw, Hugh Dalziel, Idstone), ce qui
explique pourquoi elle a tardé à s'y implanter.
En revanche, le Léonberg
est présent en France depuis 1896, et en 1990 le cheptel français dépassait
celui de l’Allemagne.
Dès 1896, et pendant plusieurs années, des chiens
d'un élevage de la région parisienne furent présentés à l'exposition de Paris et
y remportèrent tous les premiers prix. Le docteur Pierre Mégnin, qui étudia de
près ces sujets et traduisit le standard rédigé en 1895, fit connaître la race
dans l'Hexagone.
Selon ce premier standard, repris par ailleurs dans le
fameux ouvrage du comte de Bylandt Les Races de chiens, le modèle du Léonberg
était de grande taille, puisqu'il y était précisé que le mâle devait atteindre
au moins 80 centimètres au garrot. Par la suite, les éleveurs allemands ont
abandonné cette très grande hauteur comme caractéristique de la race: de minimum
souhaité, les 80 centimètres au garrot sont devenus le maximum prévu par le
standard officiel.
De là, parfois, certains écarts entre l'élevage
français, resté plus ou moins fidèle à l'héritage de Mégnin (pour qui le
Léonberg apparaissait comme le plus grand des chiens de montagne européens), et
l'élevage allemand, auquel, comme il a été dit plus haut, les difficultés n'ont
pas été épargnées tout au long de ce siècle. Ces querelles de spécialistes n'ont
évidemment que peu d'intérêt pour la plupart de ceux qui sont attirés par le
Leonberg, mais elles expliquent une certaine diversité de types, des divergences
de vues, susceptibles de frapper tout esprit un tant soit peu
observateur.
Il faut cependant préciser que le rapprochement des clubs
nationaux appartenant à la l'Union internationale du Léonberg,
l'interpénétration des élevages français et des élevages provenant des autres
pays tendent à niveler singulièrement ces différences d'aspect et d'appréciation
au regard du standard.
Article rédigé, illustré et transmis par Sébastien Mirkovic, que nous remercions vivement pour la richesse et la qualité de ses recherches.
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